Ricochets

9 août 2017

Non classé

J’ai fermé la porte et respiré un bon coups. C’est fugace comme le franchissement de l’eau dans un plongeon, passer d’un instant à un autre, c’est ensuite qu’on est là, et qu’on s’aperçoit que le moment précédent est révolu. Il y a ses billets sur la table, à coté de traces de farine, crêpe de ce matin, et j’ai laissé trainer une photo.
I closed the door and took a deep breath.
Evanescent like the crossing of the water when you dive,
pass from an instant to the next, then you stay there,
and you notice that the preceding moment is achieved.
There are bank notes on the table, next to the print in the floor,
this morning’s pancakes, and I let a photo on the table.
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On oublie souvent qu’on vole toujours d’un point vers un autre : l’ivresse est dans le vol. Quand je volais, c’était quand je volais. Et à l’atterrissage il y a les billets sur la table, une voiture épuisée… du sable qui file entre nos doigts secs, une illusion de misère, une illusion de rien. On rêve de voler à nouveau avec la peur que nos ailes aient été coupées. Pour une fois, je me suis reconnu·e dans la photographie, le corps tendu comme un élastique, près à relâcher son geste. La photographie m’éblouit. Le parfum des cailloux mouillés, le bruissement de l’eau fraîche qui ne cesse de s’écouler… Bien des années plus tôt, j’étais entouræ de rectangles de verre et contre une peau blanche mouchetée de taches de rousseur. Je plaquais mon visage dans cette douceur, mes lèvres embrassant et glissant de plus en plus bas, de plus en plus bas, attirées, attirées toujours plus fort, attirées… Attirées par le vol, le désir du vol, quitter la branche, quitter l’arbre, quitter la piste, quitter la terre, au-dessus du coton nuageux, jusqu’à l’éblouissement, la lumière du soleil en pleine face, jaillie d’une goutte d’eau. La pierre rebondit six fois sur l’onde troublée, l’eau froide serre des bracelets de glaces à mes chevilles, puis à mes mains qui fouillent son lit pour trouver une autre pierre plate. J’en apprécie la forme, longue, légèrement courbe dans son plan. Mettre le creux vers l’eau ou vers le ciel? Le dos creusé vers le ciel ou vers la main qui soutient ma poitrine? C’est au moment où je me décide à la lancer qu’elle se décide à prendre la photo, elle déclenche l’appareil quand je déclenche mon geste, le dos creusé de la pierre encore entre mes doigts. La pierre vole. Mon corps vibre. Creuse, il me dit, et mon dos se creuse, ma poitrine repose dans sa main. Tout va si vite, il me dirige, d’un geste, d’un mot, mais dans cette seconde il y a la texture rugueuse du drap, les petits carrés qui le tissent, les petites coutures, une odeur glissante de menthol, une pression qui me pousse vers l’avant en creusant mon dos, le feu mentholé qui me dévore à l’intérieur du ventre, tenu autour de son poing, l’univers dans un lent mouvement, un lent mouvement d’une seconde : creuse… Divergence, la pierre était creusée vers le ciel, cette fois-ci je me creuse dans sa main… Le sable file entre les doigts, on creuse et il nous échappe, il file, il coule comme une eau dorée et on croit qu’il ne nous reste rien, on croit être dépossédæ de tout. Je regarde mes mains, je regarde mes doigts secs et vides : ils ont prit une teinte dorée. Ils ne touchent plus de la même manière. Ils ont gagné une certaine chaleur, une pellicule de douceur : la poussière du sable écoulé est un bijou. Il reste les billets sur la table, il reste la voiture épuisée, et nous, rêveurses sous la nuit étoilées. Je reste à rêver dans le creux du lit, pendant qu’il ramasse ses affaires avec ce petit air honteux que prennent toujours les clients, quoique je fasse. Je dis peu de choses, je répond oui, pas de problème, automatiquement, parce que c’est toujours la meilleure réponse, la seule réponse nécessaire. Je baigne dans l’ivresse de pouvoir faire jouir, j’atterri doucement. Il ouvre la porte, cherche la lumière du couloir, un signe, là, il trouve, un pouce levé, je ferme la porte, contact avec le sol. Il reste les billets sur la table, à coté de la photographie. A quel moment suis-je le plus? Je ne sais pas si le présent existe vraiment. Menthol… Je glisse juste d’un instant à l’autre.
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Kaj

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